Enjeux

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Comment articuler l’explosion de la création de tiers lieux et l’émergence de clusters ?

« Le concept de tiers-lieu s’inscrit dans la problématique des lieux créatifs et de l’alchimie de la proximité et de l’échange. C’est un lieu hybride et fluide où convergent des dynamiques de développement économique, social et culturel. A ce titre, le tiers-lieu peut apparaître comme la particule élémentaire du lieu créatif. Il pourrait ainsi être l’incubateur du nouveau paradigme de l’organisation socioéconomique et le « processeur de l’intelligence collective ». Pierre Chapignac (Zones Mutantes)

Ces lieux se définissent comme des « zones mutantes », toujours singulières mais aux préoccupations convergentes : de l’innovation, des démarches de coopération et de mutualisation, une nouvelle organisation du travail moins solitaire, plus frugale, le croisement de créateurs/créatifs travaillant dans des champs différents : entreprises, économie sociale et solidaire, culture, numérique… le souci d’expérimenter une nouvelle économie, responsable, frugale, créatrice d’emplois( new share economy, économie circulaire, économie de la fonctionnalité)

Le Manifeste des tiers-Lieux, précise la définition des tiers-lieux (qu’ils soient des coworkingspaces, des fablabs ou des living labs)

« Le Tiers-Lieu est un bien commun révélé, délimité, entretenu par et avec un collectif. Sur un territoire identifié, le Tiers-Lieu est une interface ouverte et indépendante permettant l’interconnexion ainsi que le partage de biens et de savoirs. Le Tiers-Lieu est un cadre de confiance où des individus hétérogènes se réunissent pour travailler et explorer des solutions dans une posture de coworking. Le Tiers-Lieu favorise l’apparition de réseaux distribués d’acteurs en préservant un équilibre permanent entre individu et collectif, entre temps de travail et temps d’échange. Le Tiers-Lieu génère un langage commun et réappropriable entre des mondes différents et parfois contradictoire. Les outils et la médiation numérique facilitent l’apparition de situation de travail collective sur la constitution d’un patrimoine informationnel commun.

Le Tiers-Lieu développe une approche intelligente de la gouvernance grâce notamment à un rapport transformationnel avec les usagers-clients et aux licences libres. Les services du Tiers-Lieu s’assemblent pour formaliser un environnement de consommation, de création, de production inédit et incarne ainsi une véritable culture de la transition économique. Les modèles de financement des Tiers-Lieux se développent entre économie traditionnelle et contributive en se basant sur des partenariats publics, privés et personnels. Le Tiers-Lieu est un processus exploratoire de valeurs à l’échelle humaine, sociétale et économique qui vise à devenir un élément central du fonctionnement de la cité. »

A l’évidence, la cartographie des tiers-lieux du territoire existants ou en projet est le point de départ d’une étude de faisabilité d’un cluster d’innovation sociale. Nous constatons que ces tiers-lieux font émerger des foyers de créativité, de nouveaux modes de vie et de travail. Issus de collectifs, parfois à l’initiative des pouvoirs publics, ils constituent un archipel à expansion rhizomatique inspirant in vivo une nouvelle économie au croisement du durable, de l’entreprenariat et de la coopération.

Est-il possible de construire un cluster par une démarche d’en haut ou faut-il respecter le principe que « la communauté est préalable à la création de l’espace » ?

Notre point de vue est de ne pas opposer démarche bottom up et top down. Dans certains cas, une communauté se constitue à partir d’un tiers-lieu, dans d’autres cas, l’institution ouvre l’espace qui est progressivement approprié par des acteurs du territoire.  Dans les 2 cas, l’authenticité de la relation lieu/communauté suppose le respect par l’institution des critères de définition des tiers-lieux, ce qui impose une redéfinition de ce qu’est une politique de soutien, dans sa capacité à respecter le droit à l’expérimentation et l’autonomie des communautés en cours de constitution,  dans des dispositifs de financement et d’appel à projet.

On peut retenir qu’un cluster d’innovation sociale agencera, sur un territoire donné, des lieux ( showroom, coworkingspace, fablab, incubateur, pépinière) déjà créés ou suscités, des moyens de recherche-développement, y compris d’open innovation et de recherche citoyenne, des capacités de financement et des organisations, publiques, corporate ou d’ESS.

Quel est l’état des lieux des politiques de soutien à l’émergence de systèmes d’innovation dans les régions et les agglomérations ?

Ce que nous appelons « systèmes d’innovation sociale » s’inscrit pour l’instant dans 3 domaines :

  • Les PTCE cités plus haut et centrés sur l’innovation sociale. Une vingtaine de pôles témoins ont été identifiés suite à l’appel à expérimentation de 2011. Aujourd’hui, les initiatives de terrain qui se reconnaissent dans la démarche PTCE et en partagent ses valeurs se démultiplient.
  •  Les living labs qui incitent à l’innovation   dans de multiples domaines : technologies digitales, santé, transports, transition écologique qui impactent les modes de vie. Ce réseau se rapproche de la notion de « smart cities » ou de » digital cities ». On peut notamment citer le Paris Region Lab ou le Smartcity living lab, Le Lorraine Smart Cities Living Lab et le Discovery Innovation Lab dans le Val-de-Marne.
  • Les dispositifs générés ou soutenus par les Régions ou les agglomérations. L’AVISE avec l’ARF a édité un panorama fin 2013 « Les actions de soutien à l’innovation sociale en Région ». Selon l’AVISE, ces actions de soutien relèvent de 7 catégories : Études et recherche, Définition et caractérisation,  Capitalisation d’innovations sociales, Sensibilisation et formation,  Appels à projets, Dispositifs d’accompagnement et de financement,  actions diverses.

L’émergence d’un pôle d’excellence de l’innovation sociale s’inscrit dans les « STRATÉGIES DE RECHERCHE ET D’INNOVATION POUR UNE SPÉCIALISATION INTELLIGENTE » qui sont un passage obligé pour accéder aux programmes de politique européenne de cohésion sociale 2014/2020.

Les initiatives  prises par les territoires restent situées principalement dans le champ de l’Economie Sociale et Solidaire et sont encore émergentes. La Région Languedoc-Roussillon est l’une des plus avancées  par la cohérence de définition d’une politique et la concentration des acteurs et outils existants.

« Une expérimentation de Pôle régional d’innovation sociale (PRIS) a été conduite par l’Union Régionale des Scop Languedoc-Roussillon à partir de 2009. Elle a été soutenue conjointement par le Conseil régional dans le cadre de sa politique de soutien à l’innovation et par l’Europe au titre du FEDER. Le Réseau régional d’innovation (RRI) regroupe en Languedoc-Roussillon à la fois des spécialistes de l’innovation (incubateurs, pôles de compétitivité, plateformes technologiques, etc.), des généralistes de l’accompagnement et des acteurs de l’économie sociale et solidaire. Ces acteurs ont donc été, dès le démarrage, associés et parties prenantes de la réflexion. Un portage du PRIS par l’Agence régionale d’innovation, Transferts LR, a été préconisé dès 2010 afin notamment de capitaliser sur l’expérience acquise en termes d’accompagnement de l’innovation technologique.

l’éco-système montpelliérain articule dans REALIS un pôle, un lieu de plus de 3000 M2, centre névralgique du système et une « chaîne de développement », le cluster.

Quels sont les financements mobilisables notamment dans les programmes européens ?

Ces politiques de soutien à l’innovation sociale seront encouragées en 2014/2020 par la lancement des nouveaux programmes européens ( FSE, FEDER, ERASMUS…) qui accordent un rôle central à l’innovation sociale. Ces moyens conséquents s’ajouteront à ceux mobilisés par l’Etat ( soutien aux PTCE ? soutien aux Fablabs par le secrétariat à l’économie Numérique,) et les outils mis en place par les collectivités (régions, départements comme le projet le « laboratoire d’innovation territoriale » de la Nièvre ou dispositif ADF « nouvelles ruralités », et agglomérations comme la ville de Toulouse qui lance son incubateur d’innovation sociale).

La BPI doit créer un FNISO (Fonds national pour l’innovation sociale), de nombreuses entreprises et fondations souhaitent qualifier leur RSE, le mécénat de compétences et les financements participatifs peuvent être mobilisés.

La période qui vient sera celle de la maturation, de la montée en gamme et du changement d’échelle des dispositifs de soutien à l’innovation sociale.

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