INNOVATION TERRITORIALE ET NOUVELLE GOUVERNANCE

POUR LA TRANSITION DES TERRITOIRES

Depuis une quinzaine d’années, nous assistons en France à une concentration des ressources dans les grands pôles urbains : les 15 aires urbaines de plus de 500 000 habitants rassemblent 55% de la masse salariale et plus de 50% de l’activité économique. Les inégalités se sont donc accentuées entre les métropoles en croissance et les territoires qui ne bénéficient pas de cette nouvelle économie. Les territoires dits « en affaiblissement » sont marqués par la décroissance démographique, notamment en raison du départ de la population qualifiée. Ce sont des territoires de tradition industrielle marqués par la crise, des territoires ruraux de (très) faible densité caractérisés par un fort enclavement, et des villes moyennes où le centre-ville connait une perte d'activités conséquente.

Si le besoin de redynamisation de ces territoires est important, les initiatives locales ne manquent pas pour autant. En effet, de nouveaux projets citoyens voient le jour pour répondre aux besoins de ces territoires : coworking, fablabs, économie de partage et collaborative,... Ces projets sont révélateurs de plusieurs mouvements simultanés : le thème de la « ville créative » qui pense son développement au croisement des créatifs et des réseaux, l’impact du numérique sur les nouvelles formes de travail, l’essor de diverses formes de travail indépendant.

Mais ces initiatives rencontrent de nombreux obstacles en termes de moyens financiers, de résistance culturelle ou encore de procédures administratives complexes. Les projets ne parviennent donc pas à devenir les leviers de développement escomptés. Ce qui manque alors dans les territoires en déclin n’est pas la prise d’initiatives, mais plutôt les outils pour mettre ces démarches à la bonne échelle.

TROIS CHANTIERS

Le Cinquième Pôle travaille sur trois questions suivante :

1 - La redéfinition du rôle de l'acteur public face à l'émergence de nombreuses initiatives citoyennes visant à répondre aux besoins d'intérêt général. Les aides publiques en baisse peinent à couvrir les coûts de services de base ; des porteurs d'initiatives cherchent à équilibrer l'économie et le social, à concilier la croissance et la proximité sans autant dépendre des subventions ; des projets d'utilité sociale deviennent de plus en plus un espace d'émancipation et d'épanouissement des citoyens... La figure d'acteur public comme seul acteur légitime pour définir ou porter l'intérêt général est aujourd'hui fortement remise en cause. Quelle est la place aujourd'hui de l'acteur public ? Est-il collaborateur ? régulateur ? facilitateur ? 

⇒ Etude sur le changement d'échelle des innovations sociales locales : analyse des rôles d'acteur public (réalisée en 2016)

2 - L'émergence d'espaces de projets collaboratifs sur le territoire, à savoir des CLUSTER dédiés aux innovations responsables (CLIR). S'il y a de milliers d'innovations sociales portées par des associations, des entrepreneurs ou des citoyens, certaines trouvent leur modèle économique et d'autres non. La coopération d'acteurs est nécessaire pour limiter les redondances et mutualiser les ressources, et par delà, augmenter l'impact social et trouver un modèle économique viable. Les initiatives autour de Pôles Territoriaux de la Coopération Economique, Start-up de territoires, ou le cycle d'études réalisé par Le Rameau avec ses partenaires sur la "Co-construction territoriale" témoignent qu'il est possible de concevoir un développement économique alternatif à une approche classique.

⇒ Projet CLIR : une coopération pluridisciplinaire d'acteurs sur le territoire, entre acteur public, acteur économique, monde associatif et citoyen (en démarrage).

3 - La capitalisation et la modélisation des "processus" de coopération d'acteurs territoriaux pour favoriser leur dissémination sur d'autres territoires. Comme le souligne le rapport établi récemment par l'Institut Godin, la recherche est particulièrement sous-développée dans ce champ d'innovation responsable et territoriale. Pourtant, l'évaluation et l'analyse permettent non seulement d'améliorer la qualité du projet mais peuvent aussi servir comme un réservoir d'enseignement pour les acteurs de territoire qui visent à engager une démarche d'innovation territoriale. Evaluer, documenter et diffuser les processus concrets d'innovation territoriale, c'est avant tout pour répondre aux enjeux d'égalité des territoires. Plutôt qu'une démarche individualiste des chercheurs, nous visons à construire une communauté d'acteurs mobilisant tant les praticiens que les chercheurs, afin de construire une méthode effective de diffusion d'innovation territoriale sur l'ensemble du territoire national (et au-delà).

⇒ Projet CLIR : question de capitalisation et de diffusion des innovations territoriales